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Politique publique

Gabon : Les failles méthodologiques du Plan national de développement d’Oligui, déconnecté de la base

Gabon : Les failles méthodologiques du Plan national de développement d’Oligui, déconnecté de la base
Gabon : Les failles méthodologiques du Plan national de développement d’Oligui, déconnecté de la base © 2026 D.R./Info241

Le Plan national de croissance et de développement (PNCD) du Gabon suscite de vives interrogations quant à la méthodologie ayant prévalu à son élaboration par les autorités de Libreville. Selon plusieurs observateurs avertis de la vie publique gabonaise, la conception d’une politique publique de cette envergure exige de s’appuyer sur des données statistiques fiables et actualisées, à l’instar d’un recensement général de la population et de ses données connexes. L’absence de ces préalables scientifiques constitue une faille majeure qui fragilise d’emblée la crédibilité et la rigueur de cet outil de planification nationale censé orienter l’avenir du pays.

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Mais au-delà de cette lacune purement statistique, c’est la démarche profondément verticale de l’exécutif qui cristallise aujourd’hui les critiques les plus acerbes. Élaboré au sommet de l’État, sous l’impulsion directe du président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, et du ministère de la Planification, le document a été finalisé sans la moindre implication en amont des élus locaux. Cette méthode descendante est perçue comme une grave anomalie stratégique revenant, selon un adage bien connu des experts, à « mettre la charrue avant les bœufs » .

 Une décentralisation bafouée par les instances dirigeantes

La volonté gouvernementale d’imposer a posteriori ce projet aux collectivités pour simple information et appropriation pose un véritable problème de gouvernance au Gabon. Exiger de la base qu’elle élabore désormais des Plans de développement locaux (PDL), voués à constituer des Plans provinciaux de croissance et de développement (PPCD) sous la coordination stricte des gouverneurs de province, relève d’un non-sens institutionnel. Cette injonction étatique directive vide de sa substance l’essence même de l’action locale et transforme les entités décentralisées en simples courroies de transmission d’une vision décidée en vase clos à la présidence.

Objet Constat et critiques Conséquences et principes bafoués
Méthodologie statistique Absence de données récentes et fiables, telles qu’un recensement général de la population. Manque de rigueur scientifique ; fragilisation immédiate de la crédibilité de l’outil de planification.
Démarche d’élaboration Approche strictement verticale (du sommet vers la base) ; exclusion des élus locaux lors de la conception. Déconnexion des réalités du terrain ; les entités décentralisées sont réduites à de simples courroies de transmission.
Gouvernance et décentralisation Imposition de Plans de développement locaux (PDL) coordonnés sous la tutelle stricte des gouverneurs de province. Violation flagrante du principe de subsidiarité et du sacro-saint principe de libre administration des collectivités.
Rôle stratégique de l’État Ingérence institutionnelle dans la gestion et les choix de développement quotidiens des territoires. Confusion des compétences ; abandon du rôle régalien d’orientation globale et de connexion entre les provinces.
Inclusivité sociale Omission d’instruments de planification ciblant les couches vulnérables (femmes, jeunes, personnes vivant avec un handicap). Politique inéquitable ; déphasage total avec les standards internationaux en matière de développement global.

Dans une architecture institutionnelle véritablement respectueuse de la décentralisation, les collectivités locales gabonaises jouissent du sacro-saint principe de libre administration. Leurs initiatives de développement doivent répondre au principe de subsidiarité, loin de tout diktat imposé par le pouvoir central. Cela signifie concrètement que les mairies et les conseils départementaux planifient librement leur essor à travers des mécanismes démocratiques qui leur sont propres, incluant les organes délibérants et les éventuels référendums d’initiative locale.

 L’État en dehors de son rôle de planificateur stratégique

Selon les dispositions légales encadrant l’organisation territoriale, l’État n’a pas vocation à s’ingérer dans la gestion et les choix de développement quotidiens des territoires. Les affaires locales relèvent de la compétence exclusive des collectivités, confortée dans certains cas par l’application d’une clause générale de compétence. Cette dernière permet aux exécutifs locaux d’exercer de nouvelles attributions, poursuivant un intérêt général local, dès lors que cette prérogative n’est pas déjà attribuée de manière exclusive à une autre entité publique.

Tout cela démontre que l’imposition de ces schémas provinciaux constituerait une violation flagrante des lois en vigueur au Gabon et des principes de l’intercommunalité. Dans un pays décentralisé, la planification nationale doit se concentrer sur son cœur de métier : la définition des politiques publiques d’orientation, le financement des projets structurants majeurs et l’assurance d’une connexion équilibrée entre les différentes provinces, laissant aux élus de proximité le soin de piloter souverainement leur destin.

 Un besoin urgent d’inclusivité et de révision globale

Par ailleurs, le PNCD souffre d’un manque criant d’inclusivité qui tranche radicalement avec les standards internationaux de gouvernance. Le document omet d’intégrer des instruments de planification spécifiques dédiés aux franges les plus vulnérables de la société gabonaise, notamment les femmes, les jeunes, les communautés locales ou encore les personnes vivant avec un handicap. Une planification efficace et moderne exige pourtant la prise en compte rigoureuse de ces dimensions transversales pour garantir l’équité de l’action publique prônée par Brice Clotaire Oligui Nguema.

Face à ces multiples insuffisances méthodologiques, de nombreuses voix s’élèvent pour exiger du gouvernement qu’il revoie profondément sa copie. Le simple fait d’avoir consulté quelques associations ou organisations de la société civile lors de la phase d’élaboration ne saurait suffire à conférer à ce plan une assise stratégique efficiente. Un instrument de pilotage du développement se doit d’être exhaustif et prêt pour sa mise en œuvre, car, comme le rappelle un autre adage de la gestion publique, « gouverner, c’est prévoir » .

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