Parfait Ndong : « Le problème des Panthères, ce n’est pas les joueurs, c’est tout ce qu’il y a autour »
Alors que la Fédération gabonaise de Football (Fégafoot) planche depuis le 14 janvier sur le choix du futur sélectionneur national, la rédaction d’Info241 est allée ce samedi à Libreville à la rencontre de Parfait Ndong. L’ancien international gabonais et fondateur d’école de football livre son regard critique sur le profil du futur coach, le naufrage des Panthères à la CAN 2025 et la nécessité d’une refonte totale des instances dirigeantes.
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Info241 : Quel serait, selon vous, le profil du futur entraîneur ?
Parfait Ndong : Je pense que, si l’on veut être cohérent avec ce que l’on veut faire, on n’a pas besoin de chercher loin : on a déjà les profils chez nous, on a déjà les possibilités. Mais le problème, c’est qu’on n’a pas de structures. Le handball vient de réaliser un exploit, mais ça, c’est typiquement gabonais : je ne sais pas comment nous faisons pour gagner des titres et réaliser de bons championnats sans compétition. Il n’y a qu’au Gabon où vous pouvez voir ça.
L’ancien international
À partir de là, je pense qu’il faut d’abord bien structurer. Parce que, même en démarrant un championnat national maintenant, je ne vois pas ce que ça va nous apporter ou ce que ça va changer. Essayons de laisser le ministre mettre les choses en place et de lui donner les moyens. Le tout, ce n’est pas de nommer un nouveau ministre à chaque fois et de ne pas lui donner les conditions pour exercer convenablement son travail.
Info241 : En tant qu’ancien international gabonais et fondateur d’une école de football, de quoi souffre le sport au Gabon ?
Parfait Ndong : D’abord, au niveau des sportifs, il y a un manque de prise de conscience. Il n’y a que les grands sportifs qui commencent à être nommés, et le nouveau chef de l’État le fait bien. Mais je crois que nous-mêmes, les sportifs, nous devons avoir une prise de conscience de ce que nous voulons faire, du sport que nous dirigeons.
Parce que tu ne peux pas être à la tête d’une fédération ou d’une structure, de façon générale, et ne pas prendre conscience de ce que tu es venu faire : ça ne marchera pas, parce que tu vas faire du surplace. Il faut déjà qu’il y ait une prise de conscience et, à partir de là, les compétences suivront et les résultats suivront. Mais tant que nous sommes toujours dans l’à-peu-près, ça ne va pas marcher : c’est impossible.
Info241 : Un nouveau ministre a été nommé, un ancien sportif. Quelles sont vos attentes en tant qu’acteur et professionnel du sport ?
Parfait Ndong : Personnellement, depuis avant qu’il ne soit ministre, on a toujours eu le même combat : développer les choses dans notre pays. C’est un petit frère. Je n’ai pas besoin de lui dire ce qu’il doit faire : il sait ce qu’il y a à faire. Et s’il a besoin de moi, il sait où me trouver, parce qu’on se connaît très bien. S’il ne m’appelle pas, c’est qu’il n’a pas besoin de moi.
Je pense que le ministre est sur le bon chemin, déjà, parce qu’il prend les choses à la base avant de se projeter. Il essaie de mettre de l’ordre et surtout d’être discipliné dans ce qu’il fait. Parce que c’est ce qui nous tue aujourd’hui : si vous imaginez les milliards déjà partis dans le football sans résultat… si on avait mis ne serait-ce que la moitié dans les infrastructures des jeunes, ça serait énorme.
Info241 : Qu’avez-vous pensé de la prestation des Panthères et de leur coach à la CAN 2025 ? Naufrage ?
Parfait Ndong : Par expérience, moi je savais déjà, plus ou moins, où on allait. Quand j’ai vu les résultats, je n’étais pas trop surpris. J’ai eu la chance de jouer une CAN et de participer à une autre où je n’avais pas joué, en Afrique du Sud, parce que j’étais blessé, et de faire des éliminatoires. Une grande équipe qui part en compétition avec déjà des problèmes au départ ne peut pas faire bonne figure à la phase finale : c’est impossible. Et puis c’était trop flagrant.
Il y avait déjà des petits détails : les primes, le problème de maillots… Vous voyez que c’est le minimum qui fait la base dans le football. Je ne sais pas comment fonctionne le football en interne, mais je pense qu’il y avait un manque de concentration en interne. C’était un vrai naufrage, pire : une catastrophe. C’était honteux, mais ça arrive. Il faut corriger et repartir sur de bonnes bases, parce qu’il n’y a plus rien.
Si on regarde l’équipe partie à la CAN au Maroc, il y en a peut-être cinq ou six qui vont arrêter : il faut les remplacer. Mais pour les remplacer, on les trouve où ? C’est très compliqué. Et surtout, je pense que le grand problème aujourd’hui, c’est la tête du football gabonais. Or la tête du football gabonais est liée à la Fédération gabonaise de football.
Je ne critique pas les résultats de monsieur Mouguengui. Je ne critique pas les statistiques. Mais quand il y a la lassitude d’une chose, d’une personne, ça amène une mauvaise ambiance dans un milieu. Et je pense qu’aujourd’hui, nous sommes arrivés à un point où la fédération, même si Mouguengui lui-même est adulte et courageux, ce serait mieux, courageusement, de dire : « j’arrête, je pars ». Je pense qu’il y a beaucoup de Gabonais qui lui devront plus de respect au lieu de continuer à insister à vouloir être… je ne sais pas… plus de 16 ans.
Info241 : Un mot à l’endroit des populations qui ne croient plus en l’équipe nationale de football et aux autorités ?
Parfait Ndong : Ce n’est pas qu’on ne croit pas en l’équipe nationale. On ne croit pas à tout ce qu’il y a autour de l’équipe nationale. L’équipe nationale en elle-même, on a des garçons. Et même moi, je n’arrive pas à croire que vous preniez des exemples comme Kanga Guelor, Obame Eyang, Ecuele Manga : tous ces garçons percent dans leurs clubs, mais quand ils arrivent en équipe nationale, ils ne percent pas. C’est qu’il y a un problème de fond.
Le problème de l’équipe nationale aujourd’hui se situe à son entourage. On sanctionne le staff, mais on devait faire la même chose avec la fédération. Moi, je pense que c’est comme le pays. Vous vous rappelez de monsieur Ali Ben Bongo : les gens ont critiqué Ali Ben, Ali Ben… parce que les gens en avaient marre, ils étaient saturés. Il fallait qu’il y ait ce changement. Il y a ce changement, même si aujourd’hui beaucoup de choses n’ont pas trop bougé. Au football, il faut faire la même chose : il faut que la fédération parte. Le staff technique, tout le monde est déjà parti. Il faut donner la chance à ceux qui viennent derrière, et puis voir ce qui va arriver après.
Info241 : Merci, Monsieur, d’avoir répondu aux questions de la rédaction d’Info241.com.
Parfait Ndong : Merci. Vous êtes toujours les bienvenus tant que vous ferez toujours les choses comme cela se doit.
Propos recueillis par BBO
@info241.com
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