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Port-Gentil : La police critiquée pour ses contrôles quotidiens et le racket qui empoisonne l’institution

Port-Gentil : La police critiquée pour ses contrôles quotidiens et le racket qui empoisonne l’institution
Port-Gentil : La police critiquée pour ses contrôles quotidiens et le racket qui empoisonne l’institution © 2026 D.R./Info241

Au détour des carrefours, à l’entrée des quartiers ou sur les axes les plus fréquentés, les uniformes sont partout dans la capitale économique gabonaise. Ces derniers jours, la multiplication des contrôles policiers alimente une colère de plus en plus visible chez les habitants, surtout parmi les chauffeurs de taxi et les autres acteurs du transport en commun. Présentées comme une réponse à l’insécurité urbaine, ces opérations sont de plus en plus dénoncées pour leurs excès présumés, au point de raviver le débat sur les méthodes de maintien de l’ordre àPort-Gentil, comme l’a constaté encore hier Info241.

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Dans plusieurs quartiers de la ville, du centre-ville aux zones plus enclavées comme Matanda, Saint-André, Derrière-Codev, Omboué-Central, Château et bien d’autres, les habitants décrivent une intensification notable de contrôles intempestifs aux allures de racket. Chaque jour, tôt le matin comme tard dans la nuit, les forces de l’ordre, notamment les policiers, sont visibles à divers carrefours stratégiques. « Ils n’ont pas le temps de vérifier les papiers. Tout ce qu’ils veulent, c’est le cash. Ce qui est regrettable, c’est qu’ils n’ont même pas honte de prendre les pièces, même celles de 25 FCFA. » se désole Karime Dialo, chauffeur de taxi.

Des contrôles omniprésents, une grogne grandissante

Officiellement, ces opérations visent à lutter contre l’insécurité urbaine, les trafics et la délinquance. Dans un contexte où certaines zones font face à des actes de violence ou de criminalité, les autorités entendent renforcer la dissuasion par une présence accrue sur le terrain. Mais sur place, cette justification peine à convaincre une partie de la population.

Un taximan interpelé

Beaucoup jugent ces dispositifs moins orientés vers la prévention que vers une pression quotidienne sur les usagers de la route, en particulier les transporteurs. « S’ils veulent intimider les voyous, qu’ils aillent directement dans les ghettos. Ils savent où les semeurs de troubles se cachent. Qu’ils nous laissent en paix, cela nous permettra de poursuivre nos activités. Le soleil est au zénith, ils sont dehors ; sous une pluie torrentielle, ils sont également là ; et même le dimanche, sans parler des jours fériés. » dénonce François Koumba.

Des pratiques dénoncées comme abusives

Si certains citoyens reconnaissent la nécessité de maintenir l’ordre, beaucoup dénoncent des contrôles jugés abusifs, répétitifs, voire arbitraires. Des témoignages récurrents évoquent un système de racket intempestif, parfois même sur un seul et même trajet, ainsi que des attitudes perçues comme intimidantes. La répétition de ces scènes dans les quartiers populaires nourrit un profond sentiment d’exaspération.

Un autre transporteur également

Pour nombre d’habitants, ces contrôles sont devenus une routine contraignante qui perturbe les activités quotidiennes, freine les déplacements et accentue la tension entre forces de l’ordre et populations. « À Forasol, ils sont là ; à la cité Otando, ils sont là aussi, alors que ce n’est qu’à deux minutes à pied. Derrière-Codev, ils sont là-bas, et d’autres encore au bazar de la mosquée. C’est vraiment insupportable. Que le nouveau commissaire regarde cette situation, car cela salit l’image de la police. » souligne Jean-Guy Mezui.

Une confiance de plus en plus fragilisée

À Port-Gentil, de nombreux usagers affirment avoir déjà versé de l’argent lors de contrôles pour éviter des complications. Cette réalité, largement relayée dans les conversations du quotidien, alimente la méfiance et renforce le sentiment d’injustice chez des citoyens qui disent subir un harcèlement régulier. Cette défiance s’inscrit dans un contexte plus large où la relation entre citoyens et institutions sécuritaires demeure fragile.

La ville quadrillée

Des pratiques dénoncées comme abusives contribuent à ternir l’image de la police, pourtant censée incarner à la fois l’autorité de l’État et la protection des personnes. « Le taximan, quand il va vers l’agent, doit déjà avoir mis le billet de 500 FCFA de côté, afin que, lorsque le policier prend le dossier, il sente glisser le billet. Il jette un très léger regard sur les papiers, le temps pour l’argent de rentrer dans la poche. La salutation finale montre le satisfecit de l’agent verbalisateur. » explique Judith Okome Mba.

L’équation délicate entre ordre public et libertés

Face aux critiques, la question centrale demeure celle de l’équilibre entre sécurité et respect des libertés individuelles. Si la lutte contre l’insécurité impose des contrôles réguliers, leur encadrement apparaît essentiel pour prévenir les dérives et restaurer la légitimité de l’action policière. Des voix s’élèvent ainsi pour réclamer une meilleure formation des agents, un encadrement strict des procédures de contrôle et la mise en place de mécanismes de plainte accessibles aux citoyens.

Dans un contexte de modernisation des forces de sécurité au Gabon, les autorités sont attendues sur des mesures concrètes. Car au-delà de la polémique, l’enjeu est clair : garantir la sécurité sans compromettre les droits fondamentaux. À Port-Gentil, la crédibilité de l’action policière dépendra désormais de sa capacité à concilier fermeté et exemplarité.

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